Ce qu’on a cultivé ensemble : Résilience, solidarité et idées concrètes
- Publié le : 4 juin 2025
Le 28 mai dernier, à Montréal, la salle était pleine dès 9h30.
Une soixantaine de personnes productrices, jeunes professionnelles, coopérantes, chercheures, gestionnaires, représentantes d’ONG et de ministères étaient réunies pour une conférence organisée par SOCODEVI et le FIDA.
Toutes avaient en commun une chose: le désir de se fédérer pour mobiliser davantage de financements en faveur d’une agriculture plus résiliente et d’un avenir sans faim.
Dans un contexte marqué par les conflits, l’inflation, la crise climatique et l’insécurité alimentaire aiguë, renforcer la résilience agricole n’est plus une option : c’est une urgence.
« En agriculture, les imprévus sont la norme. Il faut s’adapter, rebondir, et parfois recommencer. Et ça, c’est ce qu’on appelle la résilience. »
Céline Delhaes, productrice laitière et maraîchère, présidente du conseil d’administration de SOCODEVI et administratrice chez Agropur
Le problème en chiffres
Plus de 700 millions de personnes ont été touchées par la faim en 2023. C’est presque 200 millions de plus qu’il y a dix ans. Sans changement de cap, 600 millions de personnes auront encore faim en 2030 — loin du 2e Objectif de développement durable Faim zéro.
Le Canada, lui, a déjà montré qu’il pouvait jouer un rôle moteur. Il était 5ᵉ donateur à l’agriculture en 2010–2014, mais a reculé au 8ᵉ rang. En 2023, ses investissements agricoles se sont élevés à 320 millions USD, un montant en baisse.
Investir dans l’agriculture n’est pas qu’un geste de solidarité : c’est une stratégie intelligente. Chaque dollar investi dans ce secteur est 2 à 4 fois plus efficace pour réduire la pauvreté que dans les autres domaines. Et c’est un levier direct pour renforcer la résilience face aux chocs climatiques, économiques ou géopolitiques.
Une question de fond : comment mieux financer cette résilience ?
Sous l’animation généreuse et énergique d’André Beaudoin, président du Fonds d’investissement solidaire international du Québec (FISIQ), agriculteur et ancien secrétaire général d’UPA Développement international, cinq panélistes ont partagé leurs expériences, leurs convictions, et aussi leurs mises en garde. Ce qui en est ressorti, c’est un constat lucide mais porteur d’espoir : des solutions existent — à condition de les soutenir correctement avec les bons mécanismes de financements.
- Jean-Yves Drolet (SOCODEVI) a présenté l’approche de gestion des risques agricoles développée dans les projets internationaux, basée sur l’écoute des coopératives partenaires et l’ancrage dans la réalité des membres. Ces approches renforcent les capacités locales à faire face aux chocs, qu’ils soient climatiques, économiques ou sécuritaires.
- Annie Flamand, de la Financière agricole du Québec (FADQ), a exposé comment le Québec a mis en place une architecture publique robuste pour couvrir l’ensemble des risques agricoles. Cette complémentarité entre les programmes est un modèle de stabilité.
- Colette Lebel a insisté sur la force du modèle coop en agriculture comme filet social pour la résilience des membres. Cette culture de l’entraide reste un pilier pour structurer des réponses efficaces.
- Jessie Greene (FinDev Canada) a souligné l’importance de créer des conditions d’investissement qui soient à la fois viables pour le secteur privé et réellement bénéfiques pour les communautés rurales. L’accès au crédit pour les femmes rurales et les petites coopératives demeure un enjeu central.
- Christopher Yordy, d’Affaire mondiales Canada, a insisté sur l’importance des mécanismes de réassurance et d’investissement pour apporter de la résilience au milieu agricole.
Leurs propos ont été bien accueillis et écoutés par Brooke Jamison, cheffe du Bureau de liaison pour les Amériques du FIDA, ainsi que Alain Olivier, directeur de la Francophonie et de la Solidarité internationale au ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec (MRIF), qui nous ont fait l’honneur de leur présence.
Dans un discours en anglais, Brooke Jamison a mis en lumière l’importance des partenariats pour le succès de l’action internationale. Elle a salué l’apport unique de SOCODEVI sur le modèle coopératif.
« L’importance d’apporter ces connaissances sur la façon de former des coopératives, sur la façon de donner de la force aux coopératives, parce que partout dans le monde ce modèle fonctionne et donne du pouvoir aux petits exploitants agricoles. » – Brooke Jamison, cheffe du Bureau de liaison pour les Amériques du FIDA.
Alain Olivier a quant à lui rappelé l’importance historique du modèle coopératif au Québec.
« Le Québec peut être très fier du modèle coopératif agricole, qui a contribué au développement économique rural chez nous, au Québec, et aussi au mieux-être des personnes et des collectivités. Cette expertise aujourd’hui est reconnue mondialement. »
Et vous, qu’avez-vous voulu dire ?
L’après-midi, les discussions se sont déplacées en cercles de discussion autour d’une question simple, mais ô combien cruciale :
Qu’est-ce qu’il faudrait changer — ou renforcer — pour que le financement de la résilience agricole et alimentaire fonctionne vraiment?
Par petits groupes, les idées ont fusé. On a noté. Dessiné. Collé des post-its. Rassemblé les points de convergence. Sur le mur collectif, les messages se sont alignés.
- Conserver : la force du modèle coopératif, les mécanismes d’assurance solidaires;
- Cesser : les programmes inaccessibles aux plus petits, les approches trop rigides et bureaucratiques;
- Changer : la manière dont on définit le risque — et surtout, qui a le pouvoir de le faire;
- Créer : des outils de financement à l’échelle des communautés, et pas seulement des gros joueurs;
Ce qu’on en retient?
On ne construit pas la résilience en solo, dans un bureau, ni en silo, ni dans une tour d’investissement. On la construit ensemble, dans les champs, les assemblées générales, les partenariats, les programmes publics, les marges de manœuvre qu’on se donne pour innover.
Et c’est exactement ce que cette journée a permis : croiser les regards. Faire pousser des idées. Et repartir avec plus d’outils… mais aussi plus d’envie d’agir.
Merci à toutes les personnes qui étaient là et à celles qui bâtissent, tous les jours, un avenir agricole plus équitable, plus durable, plus solidaire.
Pour poursuivre la réflexion, on vous invite à consulter ce qui suit :
La gouvernance coopérative, moteur d’un avenir agroalimentaire résilient durable et équitable

